Derrière le rideau

Miss Doris et les Girls

Une bien jolie histoire, celle de cette petite fille allemande qui prenait des cours de danse en cachette de ses parents et devenue Miss Doris, la grande chorégraphe du Moulin Rouge…
Chez les Haug, on ne fréquentait pas d’artistes en cette première moitié du siècle tourmentée par les guerres. Pourtant, Doris n’avait qu’un rêve : danser. Volontaire, elle poursuit ses études, écrit pour des journaux pour payer ses cours de danse. Entre l’Opéra de Karlshsruhe et le Conservatoire, elle obtient son diplôme de professeur de danse.
Puis, Paris. Elle se sait danseuse classique moyenne – ce qu’elle reconnaît aisément aujourd’hui encore. Les cabarets l’attirent. Première audition au Moulin Rouge en 1952 : les muscles de ses genoux et ses coudes ne résistent pas au rythme effréné qu’exige le Cancan. Peu importe : La nouvelle Eve, le plus grand cabaret parisien de l’époque, lui ouvre ses portes en tant que Capitaine des danseuses où elle crée sa première troupe, les fameuses Doriss Girls – avec lesquelles les tournées triomphales à travers le monde se succèdent aujourd’hui encore.
Vers la fin des années 50, le Moulin Rouge reconnaît rapidement en Miss Doris la chorégraphe qu’il lui faut pour redonner ses lettres de noblesse, tant aux revues tombées alors en désuétude qu’au cabaret lui-même. Le succès est immédiat ! La revue Cancan qu’elle lance dès 1961 est un véritable triomphe qui amorce définitivement le renouveau du plus prestigieux cabaret du monde.

A dater de là, Miss Doris mettra en scène toutes les revues du Moulin Rouge sans qu’aucune ne déroge à son savoir faire. Et plus rien ne l’arrêtera : elle réalisera tant au Moulin Rouge que sur les planches les plus réputées du monde entier (le Palladium de Londres, le Festhalle de Vienne, le Nichigeki Theatre de Tokyo…) avec ses Doriss Girls menées de main de maître, ses chorégraphies inoubliables dont certaines associées à des personnalités telles que Joséphine Baker, Maurice Chevalier, Charles Aznavour, Régine… Jusqu’à la très prochaine revue du Moulin Rouge que Miss Doris s’active, avec toute son équipe, à mettre en scène pour qu’elle soit encore plus belle que les précédentes. Et nous pouvons lui faire confiance. Comme aurait pu le dire L’Homme au canotier… Chapeau, Miss Doris !